DhammaTalks.net
 

Pourquoi sommes-nous ici ?
et Notre vraie demeure

par

Vénérable Ajahn Chah

Traduit de l'anglais
Éditions Dhammapala

 

Distribution Gratuite
Les publications des Editions Dhammapala ne sont pas destinées à être vendues. Leur distribution gratuite est rendue possible par des dons individuels ou collectifs spécialement affectés à la publication des enseignements bouddhiques.

Les textes suivants sont les traductions de deux publications en anglais. "Notre Vraie Demeure" est la traduction de "Our Real Home", édité par le Sangha, Wat Pah Nanachat, Thaïlande. "Pourquoi Sommes-Nous Ici?" est la traduction de "Why are we Here?", tirée du livre "Living Dhamma", aussi édité par le Sangha, Wat Pah Nanachat.

Tous droits de reproduction réservés pour la version anglaise par le Sangha, Wat Pah Nanachat, Thailand
Tous droits de reproduction réservés pour la version française par les Éditions Dhammapala, Suisse.
Publié par les Éditions Dhammapala- Am Waldrand - CH-3718 Kandersteg, Suisse.
COPYRIGHT © Éditions Dhammapala 1996
ISBN 3 905431 11 4

 

Avant-propos
Biographie
Pourquoi Sommes-Nous Ici?
Notre Vraie Demeure

Avant-propos

Ce qui m'a frappée dans ces deux exposés d'Ajahn Chah, c'est le sens de l'urgence. Urgence de réaliser qu'il n'y a rien dans le monde sur quoi l'on puisse durablement s'appuyer. Que ce soit notre corps qui est perpétuellement soumis au changement de la naissance jusqu'à la mort, que ce soient les êtres auxquels on tient, nos connaissances, nos possessions, notre situation sociale, nos idéaux. Tout cela est soumis à la loi du changement et en fin de compte on ne peut que l'accepter sinon on crée de l'insatisfaction et de la souffrance pour nous-mêmes.

Pourtant à cela il y a une solution: trouver refuge dans la stabilité et la paix de notre coeur, là où demeure en nous le Bouddha, Celui qui sait, cette magnifique possibilité pour chacun de nous de réaliser à chaque instant la Vérité de manière pratique dans la vie de tous les jours. C'est cela que nous rappelle ici Ajahn Chah. N'attendez pas d'être vieux pour réaliser cela. Libre à nous de nous mettre en chemin.

Puissent tous les êtres vivants vivre en harmonie et réaliser la Vérité!
Mariette Lattion, la traductrice.


Biographie

 

Le Vénérable Ajahn Chah naquit le 17 juin 1918 dans un petit village près de la ville d'Ubon Rajathani, dans le Nord-est de la Thaïlande. Après avoir achevé sa scolarité obligatoire, il passa trois ans comme novice avant de retourner à la vie laïque pour aider ses parents à la ferme. A 20 ans cependant, il décida de reprendre la vie monastique et le 26 avril 1939, il reçut l'ordination des moines.

Les débuts de la vie monastique d'Ajahn Chah suivent le schéma traditionnel d'étude des enseignements bouddhiques et du Pâli, la langue des Ecritures. Lors de sa cinquième année passée en tant que moine, son père tomba gravement malade et mourut, assurément un rappel brutal de la fragilité et de la précarité de la vie humaine. Cela fit profondément réfléchir Ajahn Chah sur ce qu'est le vrai but de la vie, car bien qu'il ait beaucoup étudié et gagné quelque compétence en Pâli, il ne lui semblait pas être plus proche d'une compréhension personnelle de la fin de la souffrance. Un sentiment de désenchantement le gagna et finalement (en 1946), il abandonna ses études et partit en pèlerinage, vivant d'aumônes.

Il parcourut quelque 400 km. à pied en direction du centre de la Thaïlande, dormant dans les forêts, recueillant les aumônes dans les villages où il passait. Il s'établit dans un monastère où la vinaya (la discipline monastique) était soigneusement étudiée et pratiquée. C'est là qu'on lui parla du Vénérable Ajahn Mun Buridatto, un Maître de Méditation grandement respecté. Enthousiasmé par le fait de rencontrer un enseignant aussi accompli, Ajahn Chah partit à pied pour le Nord-est et se mit à sa recherche.

A cette époque, Ajahn Chah se débattait avec un problème crucial. Il avait étudié les enseignements sur la moralité, la méditation et la sagesse que les textes présentaient dans tous les détails, mais il ne voyait pas comment ceux-ci pouvaient vraiment être mis en pratique. Ajahn Mun lui dit que, bien que les enseignements soient vraiment approfondis, au fond ils sont très simples. Si l'on établit bien l'attention, on voit que toute chose apparaît dans le coeur/esprit ... et c'est à cet endroit-même qu'est le vrai chemin de la pratique. Pour Ajahn Chah, cet enseignement très court et direct fut une révélation et transforma son approche de la pratique. La Voie était claire.

Pendant les sept années qui suivirent, Ajahn Chah pratiqua selon le style austère de la Tradition des Forêts, marchant à travers la campagne à la recherche d'endroits calmes et retirés pour développer la méditation. H vécut dans des jungles infestées de tigres et de cobras, utilisant des réflexions sur la mort pour pénétrer le vrai sens de la vie. Une fois, il pratiqua sur un lieu de crémation pour défier et finir par surmonter sa peur de la mort. Puis, alors qu'il était assis, transi et complètement trempé par un orage, il dut faire face à la désolation absolue et à la solitude du moine sans foyer.

En 1954, après des années d'errance, on l'invita à retourner dans son village natal. Il s'établit non loin de là, dans une forêt hantée où sévissait la fièvre et qui était connue sous le nom de "Pah Pong". Malgré les épreuves de la malaria, d'un abri rudimentaire et d'une nourriture frugale, des disciples se rassemblèrent de plus en plus nombreux autour de lui. C'est ici que commença le monastère qui est maintenant connu sous le nom de "Wat Pah Pong" et que finalement d'autres monastères de la même tradition furent aussi établis ailleurs.

L'entraînement à Wat Pah Pong était très rigoureux et sévère: Ajahn Chah poussait souvent ses moines dans leurs limites afin de tester leur endurance de telle sorte qu'ils développent ainsi patience et résolution. Parfois il mettait en route des projets de travail longs et apparemment inutiles pour frustrer l'attachement des moines à la tranquillité. L'emphase était toujours mise sur le fait de se soumettre aux choses telles qu'elles sont avec un accent particulier sur la stricte observation de la discipline.

En 1967, un moine américain, le Vénérable Sumedho vint séjourner à Wat Pah Pong et au fil des années, il fut suivi par un nombre croissant d'Occidentaux qui trouvèrent l'enseignement d'Ajahn Chah plein de sens et un entraînement monastique traditionnel répondant à leurs aspirations spirituelles. Cela encouragea Ajahn Chah à autoriser en 1975 l'établissement d'un monastère spécialement pour les Occidentaux, Wat Pah Nanachat, sous la conduite initiale du Vénérable Sumedho.

En 1977, Ajahn Chah fut invité à visiter la Grande-Bretagne par une fondation de bienfaisance, l'English Sangha Trust, dans le but d'établir un Sangha Bouddhiste de résidents locaux. Ajahn Chah emmena avec lui les Vénérables Sumedho et Khemadhammo et, voyant là qu'il y avait un véritable intérêt, les laissa à Londres au Hampstead Vihara (avec deux autres de ses disciples qui visitaient alors l'Europe). Il revint en 1979 au moment où les moines quittaient Londres pour mettre en route le Monastère Bouddhiste de Chithurst dans le Sussex. Il partit alors aux Etats-Unis et au Canada pour visiter et enseigner.

Après ce voyage et à nouveau en 1981, Ajahn Chah passa les "Pluies" loin de Wat Pah Pong, comme sa santé était précaire à cause des effets affaiblissants du diabète. Comme sa maladie empirait, il se servait de son corps comme d'un enseignement, exemple vivant de l'impermanence de toute chose. Il rappelait constamment aux gens de s'efforcer de trouver un vrai refuge en eux-mêmes, comme il ne serait plus en mesure d'enseigner encore très longtemps.

Avant la fin des "Pluies" en 1981, il fut emmené à Bangkok pour une opération qui n'améliora que très peu sa condition. En l'espace de quelques mois, il perdit l'usage de la parole et progressivement le contrôle de ses membres jusqu'à devenir quasiment paralysé et cloué au lit. A partir de ce moment-là, des disciples dévoués le soignèrent et s'occupèrent de lui avec soin et amour, reconnaissants de l'occasion qu'ils avaient d'offrir leurs services au maître.

En 1992, Ajahn Chah mourut paisiblement à Wat Pah Pong. Son corps fut conservé en l'état pendant une année avant d'être incinéré le 16 janvier 1993 lors d'une cérémonie de funérailles à laquelle assistèrent Leurs Altesses Royales, le Roi et la Reine de Thaïlande, le Patriarche Suprême du Sangha Thaïlandais, l'Honorable Premier Ministre et beaucoup d'autres dignitaires importants. Plus de 5 000 moines et 100 000 laïques vinrent du monde entier participer à cette cérémonie mémorable pour rendre un dernier hommage au maître qui montra la Voie avec tant de patience et de compassion à autant de gens.


Pourquoi sommes-nous ici ?

Un exposé donné dans un monastère de forêt retiré, Tum Saeng Pet,
dans le Nord-est de la Thaïlande en septembre 1981.
Cet exposé est l'un des tout derniers que Luang Por donna
avant de perdre définitivement l'usage de la parole.

Aujourd'hui vous êtes venus tous - aussi bien laïcs que moines - offrir des fleurs en signe de révérence. Faire des offrandes et montrer du respect à nos aînés est une bonne chose. Durant cette retraite de la Saison des Pluies, je n'ai pas beaucoup d'énergie; je ne me sens pas en bonne forme, c'est pour cela que je suis venu dans cette montagne pour avoir un peu d'air frais pour mieux passer ces Pluies. Les gens viennent nous rendre visite mais je ne peux pas vraiment les recevoir comme j'en avais l'habitude car ma voix et ma respiration arrivent au bout. C'est un bonheur que ce corps soit encore capable d'être assis là pour que vous puissiez le voir maintenant. C'est une bénédiction en soi. Bientôt vous ne le verrez plus. Le souffle sera au bout, la voix s'en sera allée. Ils suivent la loi des supports régissant les choses composées. Le Bouddha appelait cela Khaya vayam, le déclin et la chute de tous les phénomènes conditionnés.

Comment déclinent-ils? Nous pouvons comparer cela à un bloc de glace. Au début, c'était simplement de l'eau; on la congèle et cela devient de la glace. Bientôt elle se met à fondre. Prenez un gros bloc de glace, mettons aussi gros que cet enregistreur ici et mettez-le au soleil. Vous pourrez constater la disparition de ce bloc de glace de la même manière que le corps décline. Il va fondre petit à petit. D'ici peu, le bloc de glace aura disparu, transformé en eau. C'est cela qu'on appelle Khaya vayam, le déclin et la cessation de toutes choses composées. Il en a été ainsi depuis longtemps, depuis le commencement des temps. Lorsque nous naissons, nous apportons avec nous cette nature inhérente: nous ne pouvons y échapper. En naissant, nous amenons avec nous la vieillesse, la maladie et la mort.

C'est pour cette raison que le Bouddha a parlé de Khaya vayam, le déclin et la cessation de toutes les choses composées. Tous ceux d'entre nous qui sommes assis ici dans ce hall, sans exception - hommes et femmes laïcs, moines et novices - sommes simplement des "blocs en déclin". En ce moment-même, le bloc est dur, tout comme le bloc de glace qui était auparavant de l'eau. Il devient un bloc de glace et ensuite fond de nouveau. Pouvez-vous voir sa disparition? Regardez-le ce corps qui est le nôtre décliner chaque jour; les cheveux grisonnent, les ongles se racornissent. Tout décline.

Vous n'étiez probablement pas ainsi auparavant, n'est-ce pas? Vous étiez probablement beaucoup plus petit. Maintenant vous avez grandi et mûri. A partir de maintenant, vous allez décliner en suivant la voie de la nature. On décline, tout comme le bloc de glace. Bientôt tout aura disparu: le bloc de glace sera devenu de l'eau. Il en va de même avec notre corps. Tous les corps sont composés des éléments terre, eau, air et feu. Quand il y a un corps, les quatre éléments terre, eau, air et feu se mettent ensemble et nous appelons cela une "personne". Cela excite fortement notre intérêt et nous appelons ceci un homme et cela une femme; nous leur donnons des noms -Monsieur Untel, Mademoiselle Untel - de sorte que nous puissions les identifier et remplir nos fonctions plus facilement. Mais à vrai dire, il n'y a personne ici. Il y a de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Quand il se rencontrent tous à la fois dans un corps, nous appelons cela une "personne". Maintenant ne vous montez pas la tête. Si vous regardez vraiment bien à l'intérieur de ce corps, il n'y a personne.

Ce qui est solide, c'est le corps - la chair, la peau, les os, etc. - on appelle cela terre. Les aspects du corps qui sont liquides sont l'élément eau. L'aspect chaleur dans le corps est appelé feu et les souffles qui entrent et qui sortent du corps sont l'élément vent.

A Wat Pah Pong, nous avons un corps qui n'est ni mâle ni femelle. C'est un corps mort dont la chair a été retirée et dont ne subsistent que les os. C'est le squelette qui est suspendu dans le hall principal. En le regardant, on ne peut dire si c'est celui d'un homme ou d'une femme. Les gens demandent si c'est un homme ou une femme et tout ce qu'ils peuvent faire, c'est se regarder déconcertés les uns les autres parce que c'est seulement un squelette. Toute la peau et la chair ont disparu.

Les gens ne se rendent pas compte. Ils vont à Wat Pah Pong, ils vont dans le hall principal et voient le squelette ... Certains ne supportent pas de regarder et courent à l'extérieur. Ils ont peur... peur d'eux-mêmes! J'imagine que ces gens ne se sont jamais vus auparavant. Ils ont peur de squelettes ... Ils ne réfléchissent pas à la grande valeur que peut avoir un squelette. Pour venir ici, ils ont dû prendre la voiture et marcher ... s'ils n'avaient pas eu de squelette, comment auraient-ils pu le faire? Pourraient-ils se promener? Ils s'asseyent dans leur voiture et vont à Wat Pah Pong, marchent dans le hall, voient le squelette et ressortent à nouveau en courant! Ils n'ont jamais vu cela auparavant. Ils sont nés avec et pourtant ils ne l'ont jamais vu. Ils dorment avec lui dans le même lit et pourtant ils ne l'ont jamais vu. C'est vraiment heureux qu'ils aient une chance de le voir maintenant. Des gens de 50, 60 ou même 70 ans voient des squelettes et sont effrayés. Qu'est-ce que cela signifie? Cela montre qu'ils ne sont pas en contact avec eux-mêmes, ils ne se connaissent pas vraiment. De retour à la maison, ils ne peuvent dormir pendant trois ou quatre jours et pourtant ils dorment avec un squelette, rien d'autre! Ils s'habillent avec lui, mangent avec lui, font tout avec lui... et pourtant ils en sont effrayés. Cela montre que les gens sont vraiment éloignés d'eux-mêmes. Quel dommage! Ils regardent toujours au-dehors, ils regardent les arbres et d'autres choses, disant: ceci est grand, ceci est petit, ceci haut, ceci court. Ils sont tellement occupés à regarder d'autres choses qu'ils ne se voient jamais eux-mêmes. Pour dire vrai, les gens sont vraiment à plaindre. Ils n'ont pas de refuge.

Lors des cérémonies d'ordination, ceux qui vont être ordonnés doivent apprendre les cinq objets de base de la méditation: kesa (les cheveux), loma (les poils), nakha (les ongles), danta (les dents) et taco (la peau). Les étudiants et les gens instruits rient probablement sous cape quand ils entendent ceci: "Mais qu'est-ce que Tahn Ajahn cherche à nous enseigner là? Il nous parle des cheveux alors qu'on en a depuis longtemps. Il n'a pas besoin de nous enseigner cela. On connaît déjà cela. Pourquoi donc se donne-t-il tant de peine pour nous raconter quelque chose que nous sachions déjà?" Les gens qui sont vraiment endormis pensent ainsi, ils croient qu'ils peuvent déjà voir les cheveux. Je leur réponds que lorsque je dis "voir les cheveux", cela veut dire les voir tels qu'ils sont vraiment, voir les poils du corps comme ils sont réellement, voir les ongles, la peau et les dents comme ils sont en réalité. C'est ce que j'appelle "voir". Cela ne veut pas dire seulement voir de manière superficielle, mais voir selon la vérité. Nous ne serions probablement pas aussi absorbés dans ce monde si nous pouvions voir les choses telles qu'elles sont vraiment. Les poils, les ongles, les dents, la peau... A quoi ressemblent-ils vraiment? Sont-ils beaux? Propres? Ont-ils une existence réelle? Sont-ils solides? ... Non . IL N'Y A RIEN DE TEL. Ils ne sont pas beaux mais nous les imaginons ainsi. Ils n'ont pas de substance réelle mais nous imaginons qu'ils en ont.

Les cheveux, les ongles, les dents, la peau... les gens tiennent vraiment à cela. Le Bouddha en a fait des objets de base pour méditer. Il nous a appris à connaître ces cinq choses. Elles sont impermanentes, imparfaites et dénuées de soi; elles ne sont ni "nous" ni "elles". Nous sommes nés avec ces choses et sommes induits en erreur par elles mais elles sont en vérité des choses qui ne sont pas propres. Supposons que nous n'ayons pas pris de douche depuis quelques jours, pourrions-nous supporter d'être proches les uns des autres? Nous sentirions vraiment mauvais. Lorsque nous transpirons, comme par exemple quand nous travaillons beaucoup, cela sent mauvais. On rentre à la maison et on se lave avec du savon et l'odeur du corps s'atténue un peu; le parfum du savon la remplace. Frotter le corps avec du savon peut donner l'impression de sentir bon mais à vrai dire, la mauvaise odeur du corps est toujours là, sous-jacente. Le parfum du savon la recouvre juste. Lorsque le parfum du savon a disparu, l'odeur du corps refait surface, comme avant.

Maintenant on aime penser que nos corps sont beaux, plaisants, solides et forts. On a tendance à croire qu'ils ne vieilliront jamais ni ne deviendront malades ni ne mourront. Nous sommes induits en erreur et charmés par le corps et ainsi nous ne savons pas comment trouver le vrai refuge en nous-mêmes. Le vrai refuge est le coeur/mental. Le coeur/mental est notre vrai refuge. Ce hall-ci est grand mais ce n'est pas un vrai refuge. C'est simplement un refuge temporaire. Des pigeons s'y mettent à l'abri, des geckos, des putois. N'importe quel animal peut venir se mettre à l'abri ici. Nous pouvons penser que cela nous appartient mais cela ne nous appartient pas. Nous vivons ici ensemble avec les rats et d'autres animaux encore. C'est ce que nous appelons un "refuge temporaire". Bientôt nous devrons le quitter. Les gens ont tendance à prendre ces endroits pour des refuges. Ceux qui ont de petites maisons sont mécontents parce que leurs maisons sont trop petites; mais ceux qui ont de grandes maisons sont mécontents parce qu'il est impossible de les garder propres. Ils se plaignent le matin, ils se plaignent le soir... Les gens prennent les choses puis les laissent traîner. Ils ne s'en séparent jamais. L'épouse à la maison finit par piquer une crise de nerfs!

C'est pourquoi le Bouddha dit de trouver notre propre refuge. Ce qui veut dire trouver notre vrai coeur. Le coeur est vraiment important. La plupart du temps, les gens ne regardent pas les choses importantes, ils passent leur temps à regarder des choses sans importance. Par exemple, quand ils balayent la maison, lavent la vaisselle, etc., leur but c'est la propreté. Ils lavent les plats pour les nettoyer, ils veulent tout nettoyer... mais ils oublient de voir que leur propre coeur n'est pas vraiment propre. Cela s'appelle "avoir besoin d'un refuge mais prendre seulement un abri temporaire". Ils embellissent leur maison, embellissent ceci et cela, mais ils ne songent pas à embellir leur propre coeur. Ils n'examinent pas la souffrance. C'est pour cela que ce coeur est la chose importante. Le Bouddha nous a pressé de trouver un refuge dans nos coeurs: attahi atano natho - "Faites de vous-mêmes un refuge pour vous-mêmes". Qui d'autre peut être un refuge? Ce qui est un vrai refuge c'est notre coeur, rien d'autre. On peut essayer de dépendre d'autres choses mais ce ne sont pas des choses sûres. On ne peut dépendre d'autres choses que si l'on a déjà un refuge en soi. Il nous faut d'abord avoir un refuge. Avant de pouvoir dépendre d'un maître, d'une famille, d'amis ou de parents, il faut que l'on fasse de soi un refuge.

Alors aujourd'hui, vous tous laïcs et moines qui êtes venus pour nous rendre visite et présenter vos hommages, recevez s'il vous plaît cet enseignement et contemplez-le. Demandez-vous: "Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici?" Demandez-vous souvent: "Pourquoi suis-je né?" Certaines personnes n'en savent rien. Elles désirent être heureuses mais la souffrance n'a pas de fin. Riches ou pauvres, les gens souffrent. Qu'ils soient jeunes ou vieux, ils souffrent encore. Tout cela c'est de la souffrance. Et pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas la sagesse. S'ils sont pauvres, ils sont malheureux parce qu'ils sont pauvres; s'ils sont riches, ils sont malheureux parce qu'ils sont riches; il y a trop de choses dont il faut s'occuper.

Dans le passé, quand j'étais un jeune novice, on m'a demandé une fois de donner un exposé sur le Dhamma. J'ai parlé de la richesse d'avoir des domestiques. Supposons que quelqu'un ait une centaine de domestiques... disons une centaine d'employés et une centaine d'employées, une centaine d'éléphants, une centaine de vaches, une centaine de buffles... une centaine de chaque chose! Les gens gobent vraiment cela. Mais, aimeriez-vous vous occuper d'une centaine de buffles? Disons que vous ayez une centaine de buffles, de vaches, de domestiques hommes et de domestiques femmes et que vous ayez à vous en occuper vous-même. Est-ce que cela serait agréable? Les gens ne pensent pas à cela. Ils ont seulement le désir de posséder..., d'avoir les vaches, les buffles, les éléphants, les domestiques... des centaines d'entre eux. Cela vaut la peine d'écouter... Ah, cela vous fait sourire, n'est-ce pas? Pourtant 50 buffles, ce serait déjà trop! Mais les gens ne pensent pas à cela. Ils pensent seulement à acquérir mais pas à aux ennuis que cela comporte.

Si nous n'avons pas la sagesse, chaque chose à l'intérieur de nous sera une cause de souffrance. Si nous avons la sagesse, cela vous conduira hors de la souffrance. Les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps, l'esprit... Les yeux ne sont pas nécessairement une bonne chose, vous savez. Si notre coeur n'est pas bon, le simple fait de voir d'autres personnes peut nous mettre en colère et nous ôter le sommeil. Il se peut que nous voyions quelqu'un et que nous en tombions amoureux; cette sorte d'amour est aussi de la souffrance si l'on n'obtient pas ce que l'on veut. L'aversion est souffrance et l'attirance aussi à cause de notre désir. Vouloir est souffrance, ne pas vouloir est souffrance; nous avons envie de nous débarrasser des choses que nous n'aimons pas. Nous désirons acquérir les choses que nous aimons mais à supposer que nous arrivions à les acquérir, c'est encore de la souffrance... Nous avons peur de les perdre. C'est encore de la souffrance. Oui mais comment doit-on vivre alors?

Chacun d'entre nous devrait bien se regarder lui-même. Pourquoi sommes-nous nés? Avons-nous vraiment acquis quelque chose? J'ai posé la question à des personnes de huitante ans et plus, à de simples fermiers. Ici à la campagne, les gens commencent à planter du riz dès leur plus jeune âge. Quand ils atteignent 17 ou 18 ans, ils se dépêchent de se marier parce qu'ils ont peur de ne pas avoir assez de temps pour devenir riches. Ainsi ils commencent à travailler très jeunes, pensant que c'est ainsi que l'on devient riche. Ils font pousser du riz, jusqu'à l'âge de 70, 80, voir même 90 ans. Quand ils viennent écouter un exposé, je leur demande: "Depuis le jour de votre naissance jusqu'à maintenant vous avez été en train de travailler. Maintenant que c'est presque le moment de mourir, avez-vous quelque chose à emmener avec vous?" Ils ne savent pas quoi répondre. Tout ce qu'ils peuvent dire c'est "Cela me dépasse! Cela me dépasse!" Dans cette région, nous avons un proverbe qui dit: "Ne perdez pas votre temps à cueillir des baies sur le chemin. Avant que vous ne vous en soyez rendus compte, la nuit sera tombée." Juste à cause de ce "Cela me dépasse!" Ils ne sont ni ici ni là-bas, se contentant d'un "Cela me dépasse!" Assis au milieu des branches, se gorgeant de baies... "Cela me dépasse!" "Cela me dépasse!"

Quand on est encore jeune, on pense que ce n'est pas bien de rester célibataire et que cela vaudrait mieux de se trouver un partenaire. Alors vous vous trouvez un partenaire pour partager votre vie. Mais si vous mettez deux choses ensemble, elles se heurtent. Vivre seul c'est trop tranquille, on se sent seul mais vivre à deux, cela donne des frictions...

Quand les enfants naissent et qu'ils sont encore petits, les parents pensent: "Quand ils seront grands, nous serons tranquilles". Alors ils élèvent leurs enfants, trois, quatre, cinq, pensant que quand leurs enfants seront grands, ils seront dans une meilleure situation. Mais quand ils sont grands, c'est même encore plus difficile. C'est comme deux morceaux de bois, un petit et un gros. Vous jetez le petit et vous prenez le gros, pensant qu'il est moins lourd mais naturellement il est plus lourd que l'autre. Quand les enfants sont petits, ils ne vous coûtent pas grand-chose en réalité - juste un peu de riz et une banane de temps à autre. Quand ils grandissent, ils commencent à vouloir une moto ou une voiture. Bien sûr, vous aimez vos enfants, vous ne pouvez rien leur refuser, alors vous leur donnez ce qu'ils désirent. Il y a des problèmes. Parfois le père et la mère se disputent: "Ne lui achète pas une voiture, nous n'avons pas assez d'argent!" Mais quand vous aimez vos enfants, vous allez emprunter de l'argent. Parfois vous allez même vous priver de nourriture. Ensuite il y a l'éducation des enfants. "Quand il finira ses études, nous serons tranquilles." Il n'y a pas de fin aux études! Quand va-t-il finir? Il n'y a pas de fin. Seulement dans le Bouddhisme il y a une fin, toutes les sciences tournent en rond. A la fin c'est un vrai casse-tête. Si quatre ou cinq enfants étudient en même temps dans une famille, les parents se disputent tous les jours.

Nous n'arrivons pas à voir la souffrance qui se prépare pour le futur; nous pensons qu'elle ne se produira jamais. Quand elle apparaît, alors nous savons. Cette sorte de souffrance, la souffrance inhérente à nos corps est difficile à prévoir. Lorsque j'étais enfant, m'occupant des buffles et des vaches, je prenais du charbon et j'en frottais mes dents pour les blanchir. J'étais séduit par mes propres os, c'est tout. Lorsque j'ai atteint 50 - 60 ans, mes dents ont commencé à branler. Quand les dents commencent à tomber, vous avez envie de pleurer tellement cela fait mal. Quand vous mangez, les larmes commencent à couler - vous avez l'impression qu'on vous donne un coup de pied dans la bouche. Les dents font vraiment mal, c'est beaucoup de souffrance et de douleur. J'ai déjà passé par cette épreuve; j'ai carrément demandé au dentiste de m'enlever toutes mes dents. Maintenant j'ai un dentier. Mes vraies dents me causaient tant de problèmes que je les ai fait arracher, seize à la fois. Le dentiste ne voulait pas les enlever les seize à la fois, alors je lui ai dit: "Docteur, enlevez-les simplement, j'en supporterai les conséquences." Alors il les a toutes arrachées, à la fois. Il y en avait qui étaient encore bonnes, en tous cas cinq d'entre elles. Il les a toutes arrachées. C'était risqué. Après cette extraction, je n'ai pas pu manger pendant deux ou trois jours.

Dans le passé, quand j'étais enfant et que je gardais les buffles, je pensais que c'était bien de se polir les dents. J'aimais mes dents. Je pensais qu'elles étaient bonnes mais à la fin, elles sont quand même tombées. La douleur m'a presque tué. J'ai eu des maux de dents pendant des mois, des années. Parfois mes gencives étaient ouvertes les deux à la fois. Vous aurez tous l'occasion d'expérimenter cela un jour. Ceux dont les dents sont encore bonnes, qui les brossent constamment pour les garder belles et blanches - prenez garde! Faites attention qu'elles ne vous fassent pas souffrir plus tard.

Maintenant, je vous raconte cela. Il se peut que vous viviez cela un jour - la souffrance qui monte en nous, la souffrance à l'intérieur de notre propre corps. Il n'y a rien dans ce corps dont nous puissions dépendre. Mais la situation est un peu meilleure quand on est encore jeune. En vieillissant, les choses commencent à se délabrer. Tout commence à s'effondrer de tous les côtés. Les sankharas (phénomènes composés) suivent leurs cours naturel. Que nous pleurions ou que nous riions, ils continuent selon leur voie. Ils vont leur chemin sans se soucier le moins du monde de l'impression que nous pouvons avoir à leur sujet. Que nous soyons dans la douleur ou la détresse, que nous soyons vivants ou morts, ils continuent de toutes façons. Vous allez chez le dentiste pour qu'il examine vos dents; même s'il peut les soigner, elles suivent quand même le cours de leur évolution. Parfois même le dentiste se trouve devant le même problème, il ne peut rien faire de plus. A la fin, tout s'effondre.

Ce sont des choses à contempler avec un sens de l'urgence; tant que nous sommes encore vigoureux, nous devrions commencer à pratiquer. Si vous voulez acquérir des mérites, alors dépêchez-vous de vous y mettre. Mais la plupart des gens laissent cela aux gens d'un certain âge. Les gens attendent d'être âgés avant d'aller au monastère étudier le Dhamma. Les hommes et les femmes sont pareils: "Attends que je devienne vieux en premier." Je ne sais pas à quoi ils pensent. Est-ce qu'une personne âgée a encore de l'énergie? Mesurez-vous à la course avec quelqu'un de jeune et voyez pour vous-mêmes. Pourquoi attendre d'être vieux? Comme s'ils n'allaient jamais mourir ! Quand ils atteignent 50 ou 60 ans, ils disent: "Hé, grand-mère! Allons au monastère." "Oh, mes oreilles n'entendent plus très bien!" Vous voyez? Quand ses oreilles fonctionnaient bien, qu'écoutait-elle? "Cela me dépasse!" Juste perdre son temps à cueillir des baies. Finalement quand ses oreilles n'entendent plus, elle va au monastère. C'est sans espoir. Elle écoute l'exposé mais n'a pas idée de ce qui se dit. Les gens attendent d'être usés jusqu'à la corde avant de songer à pratiquer.

Dans le passé, mes jambes pouvaient courir. Maintenant rien que de me promener par là les rend lourdes. Avant, mes jambes me portaient; maintenant je dois les porter. Quand j'étais enfant, je voyais de vieilles gens se lever de leurs sièges en disant "ouille!", s'asseoir en disant "ouille!". Même quand les choses en arrivent là, ces personnes n'apprennent toujours pas. En s'asseyant, elles disent "ouille!", en se levant "ouille!". Il y a toujours ce "ouille!". Mais elles ne savent pas ce qui leur fait dire "ouille!" comme cela. Il n'y a que "ouille! ... ouille!".

Même quand les choses en arrivent là, les gens ne voient toujours pas le fléau qu'est le corps. Nous ne savons jamais quand nous en serons séparés. Ce qui nous cause toute cette douleur, ce sont simplement les sankharas (phénomènes conditionnés) qui suivent leur cours naturel. Les gens pensent qu'il s'agit de rhumatismes, d'arthrite, de goutte, etc. Le docteur vient et vous donne un médicament mais la douleur ne s'en va jamais vraiment. A la fin, tout s'écroule, même le docteur! Ce sont les sankharas qui suivent leur déclin selon leur nature. C'est leur manière d'être, leur nature.

Par conséquent, frères et soeurs, regardez bien. Si vous voyez cela à l'avance, tout se passera bien pour vous, comme de voir à temps un serpent venimeux qui se trouve devant nous. Si nous le voyons à temps, alors nous pouvons nous écarter de son chemin et il ne nous mordra pas. Si nous ne le voyons pas, nous continuerons à marcher droit sur lui et nous lui marcherons dessus. Et alors il nous mordra. Ensuite survient la douleur et nous ne savons pas vers qui aller. Où irez-vous pour vous faire soigner cela? La seule chose que les gens veulent c'est de ne pas avoir à souffrir. Ils veulent être sans souffrance, mais ils ne savent pas comment soigner cette souffrance quand elle survient. Et ils vivent ainsi jusqu'à ce qu'ils deviennent vieux, malades, et meurent.

Autrefois, on avait cette coutume: lorsque quelqu'un était sur son lit de mort, l'un de ses plus proches parents allait doucement vers lui et lui murmurait à l'oreille "Buddho Buddho". Que va faire cette personne avec "Buddho"? Quand une personne se trouve presque sur le bûcher funéraire, à quoi peut bien lui servir "Buddho" ?. Maintenant, avec une respiration haletante, vous dites "Maman, maman! ... Buddho Buddho". Pourquoi perdre votre temps? Ne la troublez pas, vous ne feriez que la rendre confuse: laissez cette personne s'en aller paisiblement.

Les gens aiment bien les débuts et les fins. Ils ne se soucient pas vraiment du milieu. C'est ainsi qu'ils sont. Tous nous sommes ainsi, laïcs, moines, novices... ils ne savent pas comment résoudre les problèmes dans leur coeur. Ils ne connaissent pas leur refuge. Alors ils se mettent facilement en colère, ils ont beaucoup de désirs. Pourquoi cela? Ils n'ont pas de refuge dans le coeur.

Les couples mariés, quand ils sont encore jeunes et en bonne santé supportent assez bien de se parler. Mais après 50 ans, ils ne se comprennent plus. La femme parle et le mari ne peut pas le supporter. Le mari parle et la femme n'écoute pas. Alors ils se tournent le dos. L'un favorise le fils, l'autre la fille; il n'y a pas d'harmonie.

Maintenant j'aimerais juste dire cela: en effet je n'ai pas fondé de famille. Et pourquoi ne me suis-je pas mis en ménage? Parce que dans le mot "household" il y a "maison" et "lien", je savais de quoi il s'agissait. Qu'est-ce qu'un ménage? C'est un "lien": si nous sommes confortablement assis ici et que quelqu'un surgisse brusquement et vienne nous ligoter, quel effet cela fait-il? D'être assis normalement ne pose pas de problème mais si nous nous laissons enfermer par quelque chose, cela s'appelle "être pris au piège". A quoi que cela puisse ressembler, "la fixation" ressemble à cela. C'est un cercle vicieux. Quand j'ai lu ce mot "household"... ah! c'est un mot lourd de sens. Ce n'est pas une bagatelle. C'est un mot qui tue. Le mot "hold" est un mot désignant une souffrance. On ne peut s'échapper nulle part, on tourne en rond.

C'est à cause de ce mot que je suis devenu moine et que je n'ai pas défroqué. "Household" est effrayant. On est cloué au sol et on ne peut aller nulle part. Il y a des problèmes avec les enfants, avec l'argent et tout le reste, mais où peut-on aller? On est pieds et poings liés. Il y a des fils et des filles - des discussions sans fin jusqu'à notre dernier jour et on ne peut aller nulle part, peut importe combien nous souffrons. Les larmes coulent et elles continuent à couler. Les larmes n'ont jamais fini de couler avec ce mot "ménage", vous savez. S'il n'y a pas de "ménage", alors peut-être qu'on peut en finir avec les larmes, mais sinon il est à peu près impossible d'y mettre fin.

Considérez bien cette chose. Si vous n'avez pas encore vécu cela, il se peut que vous le viviez plus tard - certaines personnes l'ont peut-être déjà expérimenté à un certain degré. D'autres sont déjà à bout de forces: "Resterai-je ou partirai-je?"

A Wat Pah Pong, il y a environ 70 à 80 huttes. Parfois quand elles sont toutes occupées, je dis: "Gardez-en quelques-unes de libre. Peut-être qu'un mari ou une femme a une scène de ménage et viendra pour trouver un endroit où demeurer." C'est sûr, ils viendront ici! Une dame arrive avec ses bagages. Je lui demande: "D'où venez-vous?" "Je suis venue pour présenter mes hommages, Luang Por. J'en ai assez du monde." "Whao! Ne dites pas cela! Vous me faites peur!" Ensuite le mari arrive et dit qu'il en a aussi assez. Ils restent deux ou trois jours au monastère et ensuite leur fatigue du monde disparaît. La dame dit qu'elle en a assez, mais elle ne se prend pas au sérieux. Le mari dit qu'il en a assez... et lui non plus ne se prend pas au sérieux. Ils viennent et méditent dans des huttes séparées, au calme, dans leur coin en pensant: "Quand est-ce que ma femme va venir me chercher pour rentrer à la maison?" "Quand est-ce que mon mari viendra pour me ramener à la maison?" Voyez! Ils ne savent pas réellement ce qui se passe en eux. Qu'est-ce que ce sentiment d'en avoir assez? Ils sont fâchés et frustrés et courent au monastère. Quand il étaient à la maison, ils ne voyaient que ce qui allait de travers: le mari avait complètement tort, la femme avait complètement tort. Après trois jours de réflexion, ils pensent: "Ma femme a raison après tout, c'est moi qui ai eu tort." "Mon mari avait raison, j'avais tort." Ils changent d'avis comme cela. C'est ainsi que cela se passe. C'est pour cela que je ne prends pas le monde trop au sérieux. Je sais que ce sont des choses qui vont et viennent, et c'est pourquoi j'ai choisi de vivre en tant que moine.

Quand vous êtes aux champs ou que vous faites le jardin, considérez ces paroles... "Pourquoi suis-je né?" "Que puis-je emporter avec moi?"

Reposez-vous la question sans cesse. Quiconque se pose souvent cette question deviendra sage. Celui qui ne se la pose pas restera ignorant.

Il se peut que vous écoutiez cet exposé et que vous ne le compreniez que lorsque vous rentrerez à la maison peut-être ce soir ou sous peu - cela arrive chaque jour. Quand on écoute un exposé sur le Dhamma, parfois tout semble se mélanger mais peut-être que les choses s'éclairciront. Lorsque vous entrerez dans votre voiture, "cela" entrera avec vous. Quand vous rentrerez à la maison, cela deviendra clair: "Oh, Luang Por avait quelque chose à nous faire comprendre. Je ne pouvais le voir avant."

Bien, je crois que cela suffit pour aujourd'hui. Si je parle trop, ce vieux corps n'arrive plus à suivre.

 


Notre Vraie Demeure

Un exposé adressé à une dame laïque d'un certain âge au seuil de la mort.

 

Essayez maintenant d'être bien résolue à écouter avec respect la Vérité de ce qui est. Pendant tout le temps durant lequel je parlerai, soyez aussi attentive à mes paroles que si c'était le Bouddha en personne qui était assis en face de vous. Fermez les yeux, prenez une position confortable, calmez votre mental et concentrez-le en un point. Laissez humblement séjourner dans votre coeur le Triple Joyau de la sagesse, de la vérité et de la pureté comme étant une façon de témoigner du respect à Celui qui est pleinement Eveillé.

Aujourd'hui, je n'ai rien de matériel à vous offrir, simplement la Vérité, les enseignements du Bouddha. Ecoutez bien, il vous faut comprendre que même le Bouddha avec tous ses mérites accumulés n'a pas pu éviter la mort physique. Quand il atteignit un certain âge, il abandonna son corps et lâcha prise de ce fardeau pesant. Maintenant vous aussi devez apprendre à être satisfaite des nombreuses années pendant lesquelles vous avez pu compter sur votre corps. Vous devriez sentir que c'est suffisant.

Vous pouvez comparer ce corps à des ustensiles ménagers que vous avez eus pendant longtemps - vos tasses, sous-tasses, assiettes, etc. Au début, elles étaient propres et brillantes mais maintenant après les avoir utilisées pendant si longtemps, elles commencent à être usées. Certaines sont déjà cassées, d'autres ont disparu et celles qui restent se détériorent, elles n'ont plus la forme initiale et c'est leur nature d'être comme cela. Votre corps fonctionne de la même manière - il s'est continuellement mis à changer depuis le jour de votre naissance à travers l'enfance et la jeunesse jusqu'à ce qu'il atteigne la vieillesse. Il vous faut accepter cela. Le Bouddha disait que les conditions (les sankharas), que ce soient les conditions internes, physiques ou externes, n'ont pas d'identité propre, leur nature est de changer. Contemplez cette vérité jusqu'à ce que vous la compreniez clairement.

Cette masse de chair sur le déclin, c'est saccadhamma, la vérité. La vérité de ce corps est saccadhamma, et c'est l'enseignement immuable du Bouddha. Celui-ci nous a appris à prendre ce corps en considération, à le contempler et à accepter sa nature. Nous devons être capables d'être en paix avec le corps, quel que soit l'état dans lequel il puisse se trouver. Le Bouddha nous a appris à nous assurer que c'est uniquement le corps qui est emprisonné et qu'il ne faut pas que nous laissions le mental être emprisonné avec le corps. Maintenant que votre corps commence à s'essouffler et à se détériorer avec l'âge, ne résistez pas à ce phénomène mais ne laissez pas non plus votre mental se détériorer avec votre corps, gardez le mental séparé du corps. Donnez de l'énergie au mental en réalisant la vérité des choses telles qu'elles sont. Le Bouddha a enseigné que telle est la nature du corps, il ne peut en être autrement: quand il naît, il vieillit, tombe malade et meurt. C'est une grande vérité que vous rencontrez en ce moment. Regardez le corps avec sagesse et réalisez cette vérité.

Même si votre maison est inondée ou qu'elle brûle de fonds en combles, quel que soit le danger qui la menace, que cela ne touche que la maison. S'il y a une inondation, ne laissez pas l'inondation envahir votre mental. S'il y a le feu, ne laissez pas le feu brûler votre coeur, que ce soit simplement la maison qui est extérieure à vous qui est inondée ou incendiée. Permettez au mental de lâcher prise de ses attaches. Le temps est venu.

Vous avez vécu longtemps. Vos yeux ont vu tant de formes et de couleurs, vos oreilles ont entendu tant de sons, vous avez eu beaucoup d'expériences. Et c'est tout ce qu'elles étaient: simplement des expériences. Vous avez mangé des mets délicieux et tous les goûts excellents furent simplement des goûts excellents, rien de plus. Les goûts désagréables furent simplement des goûts désagréables, c'est tout. Si les yeux voient une forme magnifique, c'est juste une forme magnifique. Une forme laide n'est qu'une forme laide. L'oreille entend un son enchanteur et mélodieux et ce n'est rien de plus que cela. Un son grinçant et dissonant est simplement comme cela.

Le Bouddha a dit qu'aucun être dans ce monde ne peut se maintenir pendant longtemps dans le même état, que ce soient des êtres riches ou pauvres, jeunes ou âgés, humains ou animaux, chaque chose connaît le changement et l'aliénation. C'est un fait de la vie auquel nous ne pouvons remédier. Mais le Bouddha a aussi dit que ce que nous pouvons faire est de contempler le corps et le mental de façon à voir qu'aucun des deux ne s'identifie à "moi" ou n'est "à moi". Ils n'ont qu'une réalité provisoire. C'est comme cette maison. Elle est à vous par le nom mais vous ne pouvez l'emporter nulle part. C'est la même chose pour vos richesses, vos biens et votre famille - ils sont à vous seulement par le nom, ils ne vous appartiennent pas vraiment, ils appartiennent à la nature. Maintenant cette vérité ne s'applique pas seulement à vous, chacun est dans la même situation, même le Bouddha et ses disciples éveillés. Ils ne diffèrent de nous que sur un point, c'est leur acceptation des choses telles qu'elles sont, ils ont vu qu'il n'y avait pas d'autre issue.

Ainsi le Bouddha nous a appris à scruter et à examiner ce corps depuis la plante des pieds jusqu'au sommet du crâne et vice-versa en retournant vers les pieds. Regardez bien votre corps. Quel genre de choses y voyez-vous? Y a-t-il quoi que ce soit d'intrinsèquement propre? Pouvez-vous y trouver une seule essence durable? Tout ce corps dégénère progressivement et selon les enseignements du Bouddha, il ne nous appartient pas. C'est la nature du corps d'être comme cela parce que tous les phénomènes conditionnés sont sujets au changement. Comment voudriez-vous qu'il en soit autrement? En fait, il n'y a rien de mal avec la façon d'être du corps. Ce n'est pas le corps qui vous cause de la souffrance c'est votre manière de penser erronée. Si vous voyez ce qui est juste de manière erronée, il y aura nécessairement de la confusion.

C'est comme l'eau d'une rivière. Elle suit naturellement la pente, elle ne va jamais aller à l'encontre de la pente, c'est sa nature. Si quelqu'un se tenait au bord de la rivière et regardait l'eau s'écouler rapidement en souhaitant de manière déraisonnable qu'elle remonte la pente, il souffrirait sûrement. Quoi qu'il puisse faire, sa fausse manière de penser ne lui laisserait aucun répit dans son esprit. Il serait malheureux à cause d'une opinion fausse, pensant à contre-courant. S'il avait la vue juste, il verrait que l'eau suit inévitablement son cours. Cet homme sera agité et troublé jusqu'à ce qu'il réalise et accepte ce fait-là.

La rivière qui coule selon la pente est comparable à notre corps. Ayant été jeune, votre corps est devenu vieux et maintenant il s'en va vers la mort. N'espérez pas qu'il en soit autrement, vous n'avez pas le pouvoir de changer cela. Le Bouddha nous a dit de voir la réalité des choses et ensuite de lâcher prise de notre attachement à ces choses. Prenez la sensation du lâcher-prise comme votre refuge. Continuez à méditer même si vous vous sentez épuisée. Laissez votre mental aller avec votre respiration. Prenez quelques respirations profondes et ensuite établissez l'attention du mental sur la respiration en utilisant le mantra "Buddho". Rendez cette pratique habituelle. Plus vous vous sentez épuisée, plus votre concentration doit être subtile et bien focalisée, de manière à faire face aux sensations douloureuses qui apparaissent. Quand vous commencez à vous sentir fatiguée, amenez toute votre pensée vers une pause, laissez le mental se rassembler et ensuite tournez-vous vers la respiration. Continuez simplement la récitation intérieure "Buddho, Bud-dho". Laissez de côté tout ce qui est extérieur. Ne vous attachez pas aux pensées de vos enfants et de vos parents, ne vous attachez à rien d'autre. Lâchez prise. Laissez le mental s'unifier en un point unique et laissez ce mental unifié demeurer avec la respiration. Laissez la respiration être l'unique objet de connaissance. Concentrez-vous de manière à ce que le mental devienne de plus en plus subtil, jusqu'à ce que les sensations soient insignifiantes et qu'il y ait une grande clarté intérieure et une grande vigilance. Ainsi, quand des sensations douloureuses apparaîtront, elles cesseront progressivement d'elles-mêmes. Finalement vous considérerez votre respiration comme si c'était un parent venu vous rendre visite. Quand un parent nous quitte, nous le suivons et nous le regardons s'en aller. Nous le regardons partir jusqu'à ce qu'il soit hors de notre vue et ensuite nous rentrons à la maison. Nous considérons la respiration de la même manière. Si la respiration est grossière, nous savons qu'elle est grossière, si elle est fine, nous savons qu'elle est fine. Comme elle devient de plus en plus fine, nous continuons à la suivre en même temps que nous éveillons le mental. A la fin, la respiration disparaît tout à fait et ce qui reste alors c'est la sensation de vigilance. C'est cela qu'on appelle rencontrer le Bouddha. Nous avons cette conscience claire et vigilante qu'on appelle "Buddho", celui qui connaît, celui qui est éveillé, celui qui est rayonnant. C'est cela rencontrer le Bouddha, rester avec lui dans la connaissance et la clarté. Car seul le Bouddha historique en chair et en os est entré dans le Parinibbana; le vrai Bouddha, le Bouddha qui est la connaissance claire et rayonnante, nous pouvons en faire l'expérience et l'atteindre aujourd'hui même et quand nous faisons cela, le coeur/mental est unifié.

Alors lâchez prise, déposez tout, tout sauf la connaissance. Ne vous laissez pas abuser si des visions ou des sons surgissent dans votre mental pendant la méditation. Déposez tout cela. Ne vous accrochez à rien. Restez simplement avec cette conscience non duelle. Ne vous préoccupez ni du passé, ni du futur, restez simplement tranquille et vous atteindrez l'endroit où il n'y a rien qui aille vers l'avant, rien qui aille vers l'arrière, rien qui s'arrête, l'endroit où il n'y a rien à saisir, rien à quoi s'attacher. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas de soi, pas de "moi", rien "à moi". Tout a disparu. Le Bouddha nous a appris à nous vider de tout dans le sens de ne rien emporter avec nous, connaître et lorsqu'on connaît, lâcher prise.

De réaliser la Vérité, le chemin vers la liberté, hors du Cycle des Naissances et des Morts, est un travail que chacun de nous a à faire seul. Alors continuez à lâcher prise et à comprendre les enseignements. Mettez vraiment de l'effort dans votre contemplation. Ne vous faites pas de soucis pour votre famille. En ce moment, ils sont comme ils sont, dans le futur, ils seront comme vous. Personne au monde ne peut échapper à ce destin. Le Bouddha nous a dit de déposer tout ce qui n'a pas de réelle substance durable. Si vous déposez tout, vous verrez la vérité, si vous ne le faites pas, vous ne la verrez pas. C'est ainsi et c'est la même chose pour tout le monde. Alors, ne vous faites pas de soucis et ne vous accrochez à rien.

Si vous vous surprenez à penser, c'est bien aussi, pour autant que vous pensiez avec sagesse. Ne pensez pas de manière déraisonnable. Si vous pensez à vos enfants, pensez à eux avec sagesse, pas de manière déraisonnable. Quelle que soit la chose vers laquelle votre mental se tourne, pensez et prenez connaissance de cette chose avec sagesse, en étant consciente de sa nature. Si vous connaissez quelque chose avec sagesse, alors vous pouvez lâcher prise de cette chose et il n'y a pas de souffrance. Le mental est lumineux, joyeux, en paix et comme il tourne le dos aux distractions, il est indivisé.

En ce moment même, la chose qui peut vous aider et vous soutenir est de suivre votre respiration.

C'est votre tâche, pas celle de quelqu'un d'autre. Laissez les autres faire leur propre travail. Vous avez votre devoir et votre responsabilité et vous n'avez pas à prendre sur vos épaules ceux de votre famille. Ne prenez rien d'autre, lâchez prise de tout. Ce lâcher-prise rendra votre mental calme. Votre seule responsabilité en ce moment est de focaliser votre mental et de l'amener vers la paix. Laissez tout le reste aux autres. Les formes, les sons, les odeurs, les goûts, laissez les autres s'en occuper. Laissez tout derrière vous et faites votre propre travail, remplissez votre propre responsabilité. Ce qui apparaît dans votre mental, que ce soit de la peur ou de la douleur, la peur de la mort, de l'anxiété au sujet des autres ou n'importe quoi d'autre, dites à cette chose "Ne me dérange pas. Ce n'est plus mon affaire". Continuez à vous dire cela quand vous voyez ces phénomènes (= dhammas) se produire.

A quoi se rapporte le mot dhamma ?. Tout est dhamma. Il n'y a rien qui ne soit pas un dhamma. Et à propos du mot "monde"? Le monde est l'état même du mental qui vous agite en ce moment. "Que va faire cette personne? Et que va faire celle-là? Quand je serai morte, qui va s'occuper d'eux? Comment vont-ils réussir?" Tout cela n'est que le "monde". Même la simple apparition d'une pensée de peur de la mort ou de douleur, c'est le monde. Jetez le monde par-dessus bord! Le monde est comme il est. Si vous lui permettez de surgir dans le mental et de dominer la conscience, alors le mental s'obscurcit et ne peut se voir lui-même. Alors, quelle que soit la chose qui apparaisse dans le mental, dites-vous seulement "Cela ne me concerne pas. Cela ne dure pas, c'est non-satisfaisant et ça n'a pas d'identité propre".

Si vous pensez que vous aimeriez vivre longtemps, cela vous fera souffrir. Mais vouloir mourir tout de suite ou très rapidement, c'est aussi de la souffrance, n'est-ce pas? Les conditions ne nous appartiennent pas, elles suivent leurs propres lois naturelles. Vous ne pouvez rien changer à la manière d'être du corps. Vous pouvez l'embellir un peu, vous pouvez le rendre attrayant et propre pendant un temps, comme les jeunes filles qui peignent leurs lèvres et se laissent pousser les ongles, mais quand l'âge arrive, tout le monde est dans le même bateau. Ainsi va le corps, vous ne pouvez le changer. Ce que vous pouvez améliorer et embellir par contre c'est le mental.

Tout le monde peut construire une maison en bois et en briques, mais le Bouddha a enseigné que cette sorte de maison n'est pas notre vraie demeure, elle ne nous appartient que par le nom. C'est une maison dans le monde et elle suit les manières du monde. Notre vraie demeure est la paix intérieure. Une maison matérielle extérieure peut bien être belle mais elle n'est pas très paisible. Il y a ce souci et puis celui-là, cette anxiété-ci et puis celle-là. Ainsi nous disons que ce n'est pas notre vraie demeure, elle est extérieure à nous, tôt ou tard, nous devrons y renoncer. Ce n'est pas un endroit où nous pouvons vivre de manière permanente parce qu'elle ne nous appartient pas vraiment, elle fait partie du monde. C'est la même chose avec notre corps; nous nous identifions à lui, c'est "moi" et c'est "le mien" mais en fait ce n'est pas du tout comme cela, c'est aussi une demeure qui fait partie du monde. Votre corps a suivi son cours naturel, depuis la naissance jusqu'à ce qu'il devienne vieux et malade et vous ne pouvez l'empêcher de fonctionner ainsi, c'est la vie. Vouloir qu'il soit différent serait aussi insensé que de vouloir qu'un canard ressemble à un poulet. Quand vous voyez cela, c'est impossible; en voyant qu'il est dans l'ordre des choses qu'un canard soit un canard et un poulet un poulet, que les corps doivent vieillir et mourir, vous trouverez de la force et de l'énergie. Même si vous souhaitez très fort que votre corps continue à vivre très longtemps, il ne suivra pas votre envie.

Le Bouddha a dit:

Anicca vata sankhara
Uppadavayadhammino
Upajjhitva nirujjhanti
Tesam vupasamo sukho

Le mot "sankhara" se rapporte à ce corps et à ce mental. Les sankharas sont impermanents et ils ne sont pas stables; étant apparus, ils disparaissent; ayant surgi, ils s'en vont et pourtant tout le monde a envie qu'ils soient permanents. C'est de la folie. Regardez la respiration. Etant entrée dans le corps, elle ressort, c'est sa nature, c'est ainsi que cela doit être. L'inspiration et l'expiration doivent alterner, il doit y avoir changement. Les sankharas existent à travers le changement, vous ne pouvez les en empêcher. Pensez seulement à cela : pouvez-vous expirer sans inspirer? Est-ce que cela serait agréable? Ou bien pouvez-vous seulement inspirer? Nous voulons que les choses soient permanentes mais elles ne peuvent pas l'être, c'est impossible. Une fois que la respiration est entrée, elle doit ressortir. Quand elle est sortie, elle doit entrer à nouveau et c'est naturel, n'est-ce pas? Quand nous naissons, nous prenons de l'âge, nous devenons malades et puis nous mourrons et c'est tout à fait naturel et normal. C'est parce que les sankharas ont fait leur travail, parce que les inspirations et les expirations ont alterné de cette manière que la race humaine est encore ici aujourd'hui.

Aussitôt que nous naissons, nous signons notre arrêt de mort. Notre naissance et notre mort sont une seule et même chose. C'est comme un arbre: quand il y a une racine, il doit y avoir des branches mortes. Quand il y a des branches mortes, il doit y avoir une racine. Vous ne pouvez avoir l'une sans avoir l'autre. C'est un peu ridicule de voir à la mort de quelqu'un combien les gens sont accablés de douleur, perdus, en larmes et tristes, et combien à une naissance ils sont joyeux et réjouis. C'est une illusion. Personne n'a jamais considéré cela clairement. Je pense que si vraiment vous voulez pleurer, ce serait mieux de le faire à la naissance de quelqu'un. Car en fait, la naissance c'est la mort et la mort c'est la naissance, la racine c'est la branche morte, la branche morte c'est la racine. Si vous voulez pleurer, pleurez à la racine, pleurez à la naissance. Regardez bien: s'il n'y avait pas de naissance, il n'y aurait pas de mort. Pouvez-vous comprendre cela?

Ne pensez pas trop. Pensez simplement "C'est comme ça que les choses sont" C'est votre travail, votre devoir. Juste en ce moment, personne ne peut vous aider, il n'y a rien que votre famille et vos biens puissent faire pour vous. Tout ce qui peut vous aider en ce moment, c'est une présence d'esprit correcte.

Alors n'hésitez pas. Lâchez prise. Jetez tout loin.

Même si vous ne lâchez pas prise, les choses commenceront à s'en aller de toutes manières. Pouvez-vous voir cela, comment toutes les différentes parties de vous-même essayent de s'en aller? Prenez vos cheveux: quand vous étiez jeune, ils étaient épais et noirs, maintenant ils tombent ! Ils s'en vont. Vos yeux voyaient bien et étaient en bonne santé et maintenant ils sont faibles et votre vision est incertaine. Quand les organes en ont assez, ils s'en vont, le corps n'est pas leur demeure. Lorsque vous étiez enfant, vos dents étaient saines et solides, maintenant elles branlent, peut-être même avez-vous un dentier? Vos yeux, vos oreilles, votre nez, votre langue - tout essaie de s'en aller, parce que le corps n'est pas leur demeure. Vous ne pouvez faire d'un sankhara une demeure permanente, vous pouvez rester un petit moment et ensuite vous devez vous en aller. C'est comme un locataire qui veille sur sa petite maison avec la vue qui baisse. Ses dents ne sont pas si bonnes que ça, ni ses oreilles ni son corps en trop bonne santé, tout s'en va.

Alors inutile de vous faire du souci parce que ce corps n'est pas votre vraie demeure, c'est simplement un refuge temporaire. Etant venu au monde, vous devriez contempler sa nature. Tout ce qui existe est destiné à disparaître. Regardez votre corps. Y a-t-il quoi que ce soit qui existe encore dans sa forme originale? Est-ce que votre peau est semblable à ce qu'elle était? Et vos cheveux? Ils ne sont plus pareils, n'est-ce pas? Où est-ce que tout cela s'en est allé? C'est la nature, c'est la vie. Quand le temps est venu, les conditions suivent leur cours. On ne peut s'appuyer sur le monde - c'est un cycle sans fin de troubles, d'ennuis, de plaisirs et de douleurs. Il n'y a pas de paix.

Quand nous n'avons pas de vrai foyer, nous sommes comme un voyageur errant sur la route, suivant cette direction-ci un moment puis telle autre, s'arrêtant un moment puis repartant à nouveau. Quoi que nous fassions, nous nous sentons mal à l'aise jusqu'à ce que nous rentrions dans notre vrai foyer, comme quelqu'un qui a quitté son village pour partir en voyage. Ce n'est que lorsqu'il rentre à nouveau chez lui qu'il peut se relaxer et être à l'aise.

On ne peut trouver de vraie paix nulle part. Ni les pauvres, ni les riches n'ont de paix. Ni les adultes, ni les enfants, ni ceux qui n'ont pas d'éducation, ni ceux qui en ont, personne n'a de paix. Il n'y a de paix nulle part. Telle est la nature du monde.
Ceux qui ont peu de choses et ceux qui possèdent beaucoup, tous souffrent. Les enfants, les adultes, les personnes âgées, tout le monde souffre. Il y a la souffrance d'être riche, celle d'être pauvre - tout cela n'est rien d'autre que de la souffrance.

Quand vous contemplez les choses de cette façon, vous verrez aniccam, l'impermanence et dukkham, l'insatisfaction. Pourquoi les choses sont-elles impermanentes et non satisfaisantes? C'est parce qu'elles sont anatta, qu'elles n'ont pas d'identité propre.

Votre corps qui est étendu ici, malade, douloureux et votre mental qui est conscient de la maladie du corps et de la douleur, tous deux sont appelés dhammas. Ce qui n'a pas de forme, les pensées, les sensations et les perceptions sont appelées namadhamma. Cela qui est tourmenté par des maux et douleurs est appelé rupadhamma. Ce qui est matériel est dhamma et ce qui est immatériel est dhamma. Ainsi nous vivons avec les dhammas, dans les dhammas, nous sommes des dhammas. En réalité, rien n'a une identité propre, nulle part, il n'y a que des dhammas qui surviennent continuellement et disparaissent, comme c'est leur nature. A chaque instant, nous subissons la naissance et la mort. C'est ainsi que sont les choses.

Quand nous pensons au Bouddha, à la façon juste dont il a parlé, nous ressentons combien il est digne de salutation, de profond respect et d'estime. Chaque fois que nous voyons la vérité de quelque chose, nous voyons Ses enseignements, même si en fait nous n'avons jamais pratiqué la Vérité. Si nous avons une connaissance des enseignements, que nous les avons étudiés et pratiqués mais que nous n'avons pas encore vu leur vérité, alors nous sommes encore sans demeure.

Alors comprenez ce point: que tout le monde, toutes les créatures sont sur le point de s'en aller. Quand les êtres ont vécu un temps approprié, ils vont leur chemin. Que ce soit les riches, les pauvres, les jeunes, les personnes âgées, tous les êtres doivent faire l'expérience du changement.

Quand vous vous rendez compte que le monde est ainsi, vous trouverez que c'est un endroit lassant. Quand vous verrez qu'il n'y a rien de stable ou de solide sur lequel vous puissiez vous appuyer, vous vous sentirez fatigué et désillusionné. Etre désillusionné ne veut pourtant pas dire éprouver de l'aversion.

Le mental est clair. Il voit qu'il n'y a rien à faire pour remédier à cette situation, c'est simplement ainsi qu'est le monde. En sachant cela, vous pouvez lâcher prise de l'attachement, lâcher prise avec un esprit qui n'est ni joyeux ni triste, mais qui est en paix avec les sankharas parce que l'on voit leur nature changeante avec sagesse. Anicca vata sankhara - tous les sankharas sont impermanents. On peut dire avec des termes plus simples: l'impermanence c'est le Bouddha. Si nous voyons un phénomène impermanent vraiment clairement, nous verrons qu'il est permanent, dans le sens que sa caractéristique qui est de changer est invariable. C'est la permanence que les êtres vivants ont en commun. Il y a une transformation continuelle depuis l'enfance en passant par la jeunesse vers la vieillesse et cette impermanence même, cette nature qui change est permanente et fixe. Si vous considérez cela ainsi, votre coeur se sentira à l'aise. Ce n'est pas seulement vous qui devez traverser cela, c'est chacun d'entre nous.

Quand vous vous rendez compte que le monde fonctionne ainsi, vous trouverez que c'est un endroit lassant. Lorsque vous considérez les choses sous cet angle, vous verrez qu'elles sont lassantes et surviendra alors du désenchantement. Votre plaisir dans le monde des sens va disparaître. Vous verrez que si vous avez beaucoup de choses, vous laisserez beaucoup derrière vous, si vous avez peu, vous laisserez peu de choses. La richesse est simplement la richesse, une longue vie est juste une longue vie, il n'y a rien de spécial.

Ce qui est important, c'est que nous devrions faire ce que le Bouddha a enseigné, c'est-à-dire construire notre propre maison, la construire selon la méthode que je vous ai expliquée. Construisez votre maison. Lâchez prise. Lâchez prise jusqu'à ce que le mental atteigne la paix qui est libre de ce qui va vers l'avant, libre de ce qui va vers l'arrière, libre de ce qui s'arrête. Le plaisir n'est pas notre maison, la douleur n'est pas notre maison. Le plaisir et la douleur déclinent tous deux et disparaissent.

Le Grand Enseignant qu'est le Bouddha a vu que tous les sankharas sont impermanents et ainsi il nous a appris à lâcher prise de l'attachement que nous avons envers eux. Quand nous arriverons au bout de notre vie, nous n'aurons de toutes façons pas le choix, nous ne pourrons rien emporter avec nous. Alors, ne vaudrait-il pas mieux tout déposer avant? C'est juste un fardeau lourd à traîner avec soi; pourquoi ne pas s'en débarrasser maintenant? Pourquoi traîner ces choses avec vous? Laissez aller, relaxez-vous et laissez votre famille s'occuper de vous.

Ceux qui s'occupent de malades grandissent dans la bonté et le mérite. Quelqu'un qui est malade et qui donne cette occasion aux autres de prendre soin de lui ne devrait pas rendre les choses difficiles pour ces personnes. S'il y a une douleur ou un problème ou quoi que ce soit d'autre, dites-le leur et gardez le mental dans un état sain. Quelqu'un qui soigne ses parents devrait remplir son esprit de chaleur et de gentillesse et ne pas être pris par l'aversion. C'est le seul moment où vous pouvez payer la dette que vous avez envers eux. Depuis votre naissance en passant par l'enfance jusqu'à ce que vous soyez devenus des adultes, vous avez été dépendants de vos parents. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est parce que nos pères et mères nous ont aidés de tant de manières différentes. Nous leur devons une incroyable dette de gratitude.

Alors aujourd'hui, vous tous, enfants et parents, qui êtes réunis ici ensemble, voyez comment vos parents deviennent vos enfants. Auparavant vous étiez leurs enfants, maintenant ils deviennent les vôtres. Vos parents deviennent de plus en plus âgés jusqu'à ce qu'ils redeviennent des enfants. Leurs souvenirs s'en vont, leurs yeux ne voient plus très bien et leurs oreilles n'entendent plus, parfois ils se trompent dans leurs mots. Ne vous laissez pas impressionner. Tous ceux d'entre vous qui soignez des malades devez savoir comment lâcher prise. Ne vous accrochez pas aux choses, laissez-les aller et laissez-les prendre leur propre chemin. Quand un jeune enfant désobéit, parfois les parents le laissent faire, juste pour maintenir la paix, pour le rendre joyeux. Maintenant vos parents sont comme cet enfant. Leurs souvenirs et leurs perceptions sont confuses. Parfois ils confondent vos noms ou bien vous leur demandez de vous donner une tasse et ils vous apportent une assiette. C'est normal, ne soyez pas troublés par cela.

Laissez le patient se souvenir de la gentillesse de ceux qui soignent et supportent patiemment les sensations douloureuses. Faites des efforts mentalement, ne laissez pas le mental se disperser et devenir agité, ne rendez pas les choses difficiles pour ceux qui s'occupent de vous. Laissez ceux qui soignent les malades remplir leur esprit de vertu et de gentillesse. Ne soyez pas rebutés par le côté peu attractif du travail de nettoyer le mucus et le flegme, l'urine et les excréments. Faites de votre mieux. Chacun dans la famille peut donner un coup de main.

Ce sont les seuls parents que vous avez. Ils vous ont donné la vie, ils ont été vos enseignants, vos gardes-malades et vos docteurs - ils ont été tout pour vous. La grande générosité des parents est de vous avoir élevés, de vous avoir appris des choses, d'avoir partagé leurs richesses avec vous, de vous avoir fait leurs héritiers. Par conséquent, le Bouddha a enseigné les vertus de katannu et de katavedi, c-à-d de connaître notre dette de gratitude et d'essayer de la rembourser. Ces deux dhammas sont complémentaires. Si vos parents sont dans le besoin, s'ils ne se sentent pas bien ou en difficulté, alors nous faisons de notre mieux pour les aider. C'est katannu katavedi, c'est une vertu qui soutient le monde. Cela empêche les familles de se disloquer, cela les rend stables et harmonieuses.

Aujourd'hui, je vous ai apporté la Vérité comme cadeau en ce temps de maladie. Je n'ai rien de matériel à vous offrir, il semble qu'il y ait déjà beaucoup d'objets dans la maison. Alors je vous donne la Vérité, quelque chose qui a une valeur durable, quelque chose que vous n'arriverez jamais à épuiser. L'ayant reçu de moi, vous pouvez la transmettre à autant de personnes que vous le souhaiterez, elle ne s'épuisera jamais. C'est la nature de la Vérité. Je suis heureux d'avoir pu vous offrir ce cadeau de la Vérité et j'espère qu'il vous donnera la force d'être avec votre souffrance.

 

Source : http://dhammasukha.free.fr/
 

Home | Links | Contact

Copy Right Issues © DhammaTalks.net