DhammaTalks.net
 
DUKKHA

 

par
Nonne Jitindriya

L’ATTENTION PORTÉE SUR LA SOUFFRANCE

Je suppose que nous avons tous un certain sentiment d’insatisfaction vis-a-vis de ce que nous rencontrons dans ce monde. Nous avons pu avoir un certain degré de satisfaction dans le domaine des sens, mais nous nous apercevons que cela ne satisfait pas vraiment nos besoins profonds.

Le Bouddha a dit à ce sujet : ‘Il existe quelque chose qui n’est pas né, sans origine, non créé et sans forme. S’il n’existait pas ce quelque chose qui n’est pas né, sans origine, non crée et sans forme, il n’y aurait pas de possibilité de s’échapper de ce qui est né, de ce qui a une origine, de ce qui est crée, de ce qui est forme.’ Il parle de la réalité psychologique, de la création que nous pensons être notre monde, et il nous exhorte de l’examiner au fur et à mesure que nous le percevons par l’intermédiaire de nos 5 sens. Si vous réfléchissez bien, il n’y a rien dans le monde qui ne nous parvienne pas par l’intermédiaire de nos yeux, de nos oreilles, de notre nez, de notre langue, de notre corps ou de notre esprit (la conscience discernante). Et donc Il nous exhorte d’examiner ces portes des sens afin d’être capable de comprendre le monde, car c’est seulement par cette compréhension que nous pouvons commencer à apprécier ce que cette chose qui n’est pas née, sans origine, non crée et sans forme pourrait être.

Dans son enseignement le Bouddha nous indique qu’il est nécessaire de regarder ce qui obstrue cette paix ultime et de connaître ces obstacles tellement é fond qu’ils peuvent être ensuite abandonnés et être perçus comme n’étant pas ce que nous sommes et ce qui fait notre identité. Ceci est une entreprise très importante, en partie due au fait que la plupart de nos expériences sont désagréables, et que notre réaction naturelle à la douleur et à ce qui est désagréable est d’essayer de s’en débarrasser. Mais ceci est une incompréhension et donc cela demande pas mal d’entraînement pour commencer é se tourner vers ce que nous pensons être non-paisible ou vers ce qui produit de la souffrance ou de l’insatisfaction. C’est pourquoi le Bouddha a commencé par enseigner dukkha* : ‘J’enseigne dukkha et la fin de dukkha.’ En fait ces deux derniers sont liés entre eux car c’est seulement en arrivant à comprendre notre douleur et notre tendance à y réagir que nous pouvons faire l’expérience de ce qui est au delà.

Pour moi, dans ma pratique, dukkha est un thème primaire de réflexion. Il y a des gens qui pensent que c’est plutôt pessimiste, mais je trouve que c’est une approche très réaliste, parce qu’il s’agit de l’observation d’une expérience concrète du moment présent. Nous avons tendance à renier beaucoup de ce que nous ressentons.

Nous avons tendance à refouler beaucoup de ce que nous ressentons car nous n’avons pas encore développé la faculté de ressentir ou de supporter vraiment la souffrance qui accompagne nos expériences.

Afin de nous permettre de réellement ressentir ce qui se passe dans notre vie, nous avons besoin d’avoir cette sorte de confiance ou foi qu’on appelle saddha parce qu’alors nous laissons aller notre emprise sur le monde, sur notre vie, sur notre tendance à vouloir rendre notre vie confortable, supportable et heureuse. D’être pleinement présent à chaque moment signifie d’abandonner notre habitude de nous projeter dans le futur : de penser tout le temps à ce que nous allons faire ensuite ou demain ou de ce qui va se passer dans 10 ans. Dans notre pratique de méditation nous avons peut-être des moments où nous sommes pleinement présents dans le moment, mais la difficulté est de faire durer ce sursis dans lequel nous ne créerons ni le moi ni le monde.

Cela ne veut pas dire que le moi ou le monde sont des erreurs. L’erreur est plutôt l’ignorance dans laquelle cette habitude continue et qui nous maintient dans l’obscurité. Nous ne pouvons pas vivre la libération profonde qui selon le Bouddha est possible et même à notre portée, à moins que nous soyons en mesure de nous libérer de ce cercle vicieux à l’intérieur duquel nous fabriquons notre souffrance. Mais si nous amenons notre attention vers cet aspect de dukkha ou de l’insatisfaction, nous pouvons commencer à trouver la libération.

Dukkha est inévitablement souffrance à cause de notre identification avec elle. Il y a un certain degré d’activité mentale inconsciente qui nous attache et nous amène à nous battre avec des expériences douloureuses - qu’elles soient physiques mentales ou émotionnelles, des traumatismes ou justes de petites souffrances. C’est le cas par exemple dans la méditation quand nous nous apercevons que nous sommes pris dans un traînée de pensées ou dans une humeur dans laquelle l’esprit est capture. Un sentiment de ” moi ” est forcement limité, et est accompagné d’une sensation de souffrance mentale. Donc notre tache est de commencer à le reconnaître sa véritable nature et pour cela nous devons entrer dans le combat. Cela est difficile parce que nous sommes souvent en train de juger : ” Ce n’est pas bien ; ce n’est pas le bon chemin ; je devrais être libre de cela. ” Ce ne sont pas de pensées conscientes. Ce sont juste des attitudes - des assomptions cachées. Et donc nous pouvons commencer à nous demander : ” quelle est ma relation avec ce combat intérieur ?.. ” en étant vraiment dedans et en voyant : ” cela c’est dukkha, le chagrin ou la colère. C’est comme cela que je les ressens. ” Quelle que soit l’expérience nous laissons notre attention être spacieuse afin de pouvoir la contenir et de la supporter. Mais si notre coeur ne peut s’élargir pour la contenir, alors cela continue à être un combat et notre réaction est tendue et contractée. Alors nous la repoussons à l’inconscient ou nous la nions ou encore nous l’exprimons complètement mais nous y sommes encore attachés.

Il y a différentes manières de s’ouvrir à dukkha : l’une d’entre elles est de le ressentir dans le corps comme un noeud dur de tension. Si nous sommes capables de laisser notre attention de ce noeud être détendue nous pouvons commencer à avoir une relation de paix avec ce sentiment. Bien sur, nous ne savons pas combien de temps cela va prendre - peut être pouvons-nous être attentifs à une émotion difficile et devenir très frustrés parce qu’elle ne change pas. Mais si nous pouvons seulement être préparés à la ressentir comme elle est alors à un moment donné il y aura une sorte de relâchement, une ouverture et le “monde ” va changer. Nous allons comprendre ce que le Bouddha voulait dire par la transcendance. Notre attitude n’est plus dans le sentiment du ” moi ” , ” le monde “, du ” je ” et du ” tu ” ou du passé et du futur. La construction mentale entière peut être dissolue à ce moment là - et cela est un avant goût de l’Immortel.

Cela est peut-être l’expérience dont le Bouddha a parlé quand il dit dans un passage de son enseignement que dukkha peut conditionner l’apparition de saddha. Au fur et à mesure que nous tournons notre attention de plus en plus vers dukkha, le supportant sans faire de conditions et faisant l’expérience de relâchements de tensions, notre sentiment de foi ou de confiance augmente: ” Ah oui, cela marche…C’est la bonne voie… “, nous disons nous. Et nous nous apercevons que nous sommes en fait capables de supporter ce qu’avant nous pensions être insupportable. Ceci est vraiment très important car il y a beaucoup d’expériences auxquelles nous devons faire face et qui sont somme des grands monstres dans l’esprit, Elles ont apparemment le pouvoir d’obscurcir notre attention et de la détourner ailleurs. Et donc nous devons nous appliquer à la remettre sur l’objet et à garder notre coeur ouvert sur l’expérience. Cependant lorsque quelque chose cesse et que nous pouvons nous laisser tomber dans ce sentiment de non-identité ou de non-moi cela peut être effrayant pour certains et c’est peut être la raison pour laquelle nous ne pouvons garder ce sentiment longtemps. Pour être capable de faire durer cette impression d’illumination, d’attention pure nous avons besoin d’une très grande foi. Nous devons nous défaire du besoin de renaître.

Que nous nous identifions à nos problèmes, notre personnalité bonne ou médiocre, un bon ou un mauvais intellect, cela a plutôt à voir avec notre faculté de regarder àl’intérieur de nous-mêmes, de voir si nous avons le courage de supporter ce qui y est et de continuer à aller de plus en plus profondément. Cela ne signifie pas que nous devons nous rendre dans une grotte ou une cellule de monastère pendant des années, bien que nous puissions en ressentir le besoin à certains moments, mais que nous continuions à affronter ce que la vie nous présente. Donc ce qui nous concerne dans notre vie quotidienne n’a pas besoin d’être considéré comme une distraction, car en fait ce sont des situations qui peuvent nous enseigner les meilleures leçons.

Sommes-nous prés à les affronter? Quand je regarde ma propre pratique, je perçois souvent un refus de faire face à la réalité. Je prends ce qui me plaît et j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose de mieux ailleurs. Cette attitude est très répandue et est enracinée profondément dans nos attitudes, mais il s’agit finalement de l’insatisfaction, d’une incapacité de faire face à dukkha à chaque instant. Toutes les techniques enseignées par le Bouddha se résument à faire l’effort d’être attentif et de regarder dukkha. Quand nous examinons quelque chose avec attention, cela inclut la pratique des quatre fondations de l’attention, de l’octuple sentier, du développement de l’amour bienveillant, de la compassion, de la joie pour autrui, de l’équanimité et l’équilibre des facultés spirituelles. Mais nous n’avons pas besoin au départ de comprendre cela par l’intellect. J’ai entendu dire qu’Achaan Chaah encourageait souvent ses disciples occidentaux à mettre leurs livres de coté en disant : ” lisez le livre du coeur ; c’est de là que provient la véritable compréhension “. Ce que nous apprenons de cette manière n’est plus sujet aux doutes. même si tous les gens que nous rencontrons nous donnent tort, nous n’avons pas besoin de nous disputer ou de montrer notre savoir, parce que nous en sommes sûrs nous-mêmes.

Néanmoins, nous manquons souvent de courage pour aller de l’avant dans ce genre d’introspection, parce que nous sommes conditionnés ainsi par notre culture et notre éducation. Nous grandissons avec le sentiment que tout le monde sauf nous sait être heureux. Nous avons tendance à demander l’avis des autres pour savoir comment nous devrions être et comment nous pourrions devenir heureux, mais en fait c’est une chose que seuls nous-mêmes pouvons savoir. Le Bouddha nous a montré le chemin direct, et enseigné maintes choses qui nous renvoient sur nous-mêmes. Il nous donne des suggestions comment aborder les expériences pour qu’elles soient les plus bénéfiques possibles plutôt que d’acquérir un grand savoir intellectuel qui ne va pas forcement nous conduire vers la libération.

La première noble vérité est : dukkha existe. Ce dukkha doit être compris. La seconde noble vérité dit qu’il existe une cause à dukkha et qu’elle doit être abandonnée. Bien que nous sachions que la cause de dukkha est le désir, nous ne savons pas automatiquement quelle est la nature de ce désir, comment il naît en nous et comment il peut être abandonné. Acquérir ce savoir est un travail que nous devons fournir nous-mêmes. La troisième noble vérité nous dit de réaliser la cessation de dukkha et la quatrième vérité est celle de l’octuple sentier qui doit être développé et qui conduit à la libération totale - cette voie est la compréhension de dukkha et l’abandon de sa cause à chaque instant. En fait, de développer cette voie n’est pas une si grande entreprise après tout par ce que nous pouvons nous occuper des choses l’une après l’autre, à l’instant présent. C’est la simplicité de cette pratique, mais bien-sûr ce n’est pas si facile à réaliser parce que nous avons l’habitude de trop faire à la fois. Ne croyez pas que vous êtes encore très loin de la libération, car elle est toujours ici et maintenant. même si la voie est souvent décrite comme un processus, on n’est pas censé la développer en étapes comme par exemple : cultiver d’abord la première fondation de l’attention puis la seconde. La compréhension est comme une spirale qui s’approfondit en l’espace d’un instant.

***

 
Source : http://www.anussati.org
 

Home | Links | Contact

Copy Right Issues © DhammaTalks.net