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Renoncement le plus grand bonheur


 

Le 29 mars 1996, Soeur Siripanna, assistée de Soeur Thaniya de la communauté d’Amaravati en Angleterre ont proposé un programme de week-end dans le Barre Centre for Buddhist Studies intitulé “Renoncement, le plus grand bonheur”. Voici juste quelques extraits de ce programme riche et varié :

 

“Dans la vie monastique, nous voulons cesser de toujours courir aprés le désir, parce que nous voulons le comprendre, plutôt que d’être dupés par lui. Pour cela, notre attention doit se tourner vers l’intérieur, pour que nous puissions commencer à comprendre comment se passe la perception du monde des sens. Avec cette compréhension, nous pouvons apprendre à laisser aller. Voici une citation du Bouddha :

“Abandonnez ce qui n’est pas à vous, moines ! Cet abandon vous procurera bien-être et bonheur pour longtemps.

Et qu’est ce que c’est qui n’est pas à vous à La forme matérielle n’est pas à vous - abandonnez-la !

Les sentiments ne sont pas à vous - abandonnez-les ! La perception n’est pas à vous - abandonnez-la !

Les formations ne sont pas à vous - abandonnez-les ! La conscience n’est pas à vous - abandonnez-la !

Cet abandon vous procurera bien-être et bonheur pour longtemps” (MN 22)

C’est facile de dire tout cela maintenant, mais quand on est confronté à la vie réelle, comment faut-il faire à Le Bouddha nous a proposé quatre choses très simples et claires - quelques conseils pour commencer à être plus présent dans nos expériences pour avoir une sorte d’ancrage à partir duquel nous pouvons contempler cette force motrice dans l’esprit qui se dirige toujours vers l’expérience des sens. La plupart d’entre vous connaissent probablement bien l’un de ces enseignements, que je trouve si clair et simple, à savoir l’attention portée sur le corps :

“Ceci est la façon dont un moine s’entraîne à se restreindre : il voit des objets avec l’oeil, mais il n’est pas attiré par ce qui est attrayant, et repoussé par ce qui est répugnants. Il garde la pleine conscience du corps, fermement établie, l’esprit libre d’ obstructions” ( SN 35.206).

Ceci est un entraînement très utile, qui nous apprend à nous ancrer plus dans l’expérience des sens sans être entraînés dans leur tourbillon. Le corps étant le premier fondement de l’attention, il est le plus facile à observer et aussi le moins trompeur. Notre corps est très honnête ; il ne ment pas, comme la conscience qui elle se justifie et essaie de nous convaincre qu’elle a de bonnes raisons de suivre ses désirs et fantaisies. Donc le corps est très utile comme base pour nos voyages dans les sphères plus effrayantes de notre conscience et c’est vers lui que l’attention devrait se tourner comme point d’ancrage.

Pour cela, on utilise souvent l’image du poteau enfoncé solidement dans le sol. Quand quelque chose est fixé à un endroit et que vous commencez à tirer dessus, vous remarquez une résistance. Si par contre vous n’avez pas de point de repère dans la méditation, la conscience se disperse ici et lé - et hop ! vous voilé encore volant dans les arbres sans avoir rien remarqué, parce qu’il n’y avait rien à quoi comparer, pas de contraste ) ce mouvement (de l’esprit).

Fonder l’attention sur la respiration (quand nous sommes dans une situation qui nous permet d’avoir assez d’attention pour cela) ou sentant le corps appuyé contre la chaise pendant que nous sommes assis là, sentant le corps entier, la posture, assise, debout, marchant ou allongée - c’est cela qu’on appelle ancrer l’esprit dans le corps. C’est une chose très simple et pourtant elle nous ouvre des possibilités énormes. Cette fois-ci l’esprit n’aura pas été tiré vers l’extérieur pour s’accrocher à quelque chose et cela lui a donné plus d’espace intérieur. Un espace dans lequel il peut observer ce qui se passe.

A ce moment-là, nous contemplons les expériences des sens avec un intérêt profond. Au moment de voir quelque chose, nous pensons : “Comment je perçois ceci ?” au lieu de “oh ! Je le veux”. Car dans ce cas toute l’énergie sort par les yeux et nous perdons complètement de vue le “poteau” sur lequel nous étions centrés. Si au contraire nous regardons à l’intérieur, nous notons: “Ah, l’oeil a vu quelque chose d’attrayant”. Nous pouvons y réfléchir, car c’est une chose qu’il est possible de connaître. Nous remarquons aussi notre réaction habituelle à une image agréable, à un son particulier, à un souvenir, à la façon dont quelqu’un nous adresse la parole, au son de sa voix ou à une pensée. Nous nous interrogeons :”Comment je reçois cette impression des sens ? Comment je la ressens ?” Cette attention de base très simple est une restriction en soi. C’est le début d’un vrai renoncement. Quand nous prenons un peu de recul, le sens de détachement s’installe, ce qui permet à l’esprit de commencer à réfléchir. De là une sorte de luminosité et de clarté se fait

en lui à partir de laquelle nous commençons à comprendre, quand il faut suivre une impulsion - un désir valable qui va nous faire faire des actions utiles - et quand il faut la laisser aller parce qu’elle nous mènerait à ces contraintes et ces fièvres si insatisfaisantes.

“Laissez l’impulsion : “je désire” et l’impulsion : “je vais avoir”. C’est là que la plupart des gens s’embrouillent. Sans elles vous pouvez vous servir de vos yeux comme guide à travers cet état de souffrance.” (SN 706)

L’une des joies du sentier montré par le Bouddha est que nous prenons nos responsabilités. Personne ne porte de jugement sur nous à part nous-mêmes et nous avons la possibilité d’expérimenter. C’est un entraînement et chemin progressif. Si nous avons un petit brin de d’illumination, nous pouvons laisser aller un petit peu et nous verrons le résultat. Ensuite le progrès sera peut-être : trois pas en avant et deux pas en arrière, mais si nous gardons toujours cette attitude intéressée, nous éviterons de tomber dans le piège de faire que ce qu’on est censé faire.

Juste serrer la bride à nos impulsions en essayant de se conformer à un idéal est une maîtrise délibérée de soi qui ne mène pas nécessairement au renoncement. Le renoncement est une paix intérieure, un sentiment de tranquillité. Il y a des gens qui s’accrochent à l’idée qu’il faut se maîtriser, qu’il ne faut pas trop s’amuser, ne pas faire ceci et ne pas faire cela. Ils pensent :

“Un vrai Bouddhiste, un vrai méditant ne devrait pas faire cela.” Les gens viennent au monastère et ils disent : “Oh, je sais que je n’aurais pas dû, mais hier soir j’ai mangé du poisson-frites (menu anglais). Et je l’ai savouré.”

Mais enfin ! Si vous les mangez de toute façon, savourez les donc ! Il y a cette petite voix intérieure qui s’accroche à l’idée et qui essaye de suivre un idéal, alors qu’en réalité nous avons encore envie de le faire. Quand vous avez envie de faire quelque chose (d’interdit), vous avez le choix : soit vous le faites, soit vous ne le faites pas. Mais ne jouez pas à “ne pas vouloir le faire” et le faire quand même, pour vous sentir coupable ensuite. Faites l’un ou l’autre, de plein coeur, et soyez déterminé à en apprendre quelque chose. Si vous vous sentez coupable et que vous éprouvez de la haine envers vous-même, parce que vous pensez que vous ne devriez pas le faire, vous n’avez plus l’occasion de comprendre. C’est un état d’esprit très étroit dans lequel il n’y a pas de place pour la sagesse. Nous devons avoir suffisamment de clarté d’esprit et de compassion pour nous permettre de succomber à la tentation quelquefois, mais il faut alors vraiment observer l’effet que cela nous fait. Il faut avoir l’esprit assez dégagé pour remarquer, comment on se sent. Est-ce que c’est aussi bien que l’on l’avait imaginé ? Est-ce que cela valait la peine de le faire ? Quelles sont les conséquences pour nous-mêmes et pour autrui ?

La maîtrise de soi apportée par l’attention mène à la compréhension, et celle-ci mène à la paix. Ceci est le chemin du milieu, situé entre deux extrêmes: l’indulgence constante d’un coté et de l’autre, une sorte de moralisation (”je ne devrais pas”) accompagnée de culpabilité et dominé par le sentiment : “Je vais faire les choses en règle”. Cette attitude est en fait une forme de mortification de soi même, car c’est l’extrême de la répression ou de la haine envers soi.

“Quand il ne pense pas : “Ceci est mien” ou “Cela appartient aux autres”, alors, puisque l’ego n’est pas présent,

il ne peut pas être désolé à la pensée “Je n’ai pas”" (sn 951)

Pour comprendre notre attitude par rapport aux plaisirs sensuels, il y a une image très utile donnée par un sage laïc du nom de Citta. Dans ce récit du samyutta nikaya, il parle à quelques moines âgés : “Vénérables, c’est comme si un bœuf noir et un bœuf blanc étaient réunis par un joug. Si quelqu’un disait : “Le boeuf noir enchaîne le boeuf blanc et le boeuf blanc enchaîne le boeuf noir” - seraient ses propos justes ou non ?” Et le moine âgé répondit : “Non, chef de famille, le boeuf noir n’est pas la chaîne du boeuf blanc et le boeuf blanc n’est pas non plus la chaîne du boeuf noir. Seule l’entrave ou le joug est l’enchaînement qui les réunit”. Citta répondit : “De la même manière, cher ami, l’oeil n’est pas l’entrave des formes et les formes ne sont pas non plus l’entrave de l’oeil. L’enchaînement est le désir ou la passion, quels qu’ils soient, qui surgissent, dépendant des deux. (La même chose est valable pour l’oreille, le nez, la langue, le corps et l’esprit). L’esprit n’est pas l’entrave des idées et les idées ne sont pas non plus l’entrave de l’esprit. L’enchaînement est le désir ou la passion, quels qu’ils soient, qui surgissent, dépendant des deux.”

En y réfléchissant, on comprend quelque chose de très important : le problème n’est pas situé au niveau de l’expérience des sens, c’est à dire des images, des sons, des goûts, des pensées ou des émotions séduisantes ou déplaisantes. Il n’est pas non plus lié au fait que nous soyons obligés de voir, d’entendre, de goûter, de toucher, de sentir et de réfléchir. Si nous ne sommes pas vigilants, nous commençons à faire des fausses suppositions (contraires à celles décrites plus haut). Quand nous nous éveillons au “mal-aise” inhérent aux expériences des sens qui nous bombardent constamment, nous commençons à sentir, que c’est l’expérience elle-même qui est le problème.

Quelque fois, chez les méditants très engagés sur le chemin spirituel, on constate qu’ils semblent vouloir s’extraire de plus en plus des expériences intenses, difficiles ou complexes. Si on ne fait pas attention, cette attitude conduit à une forme de vie qui peut devenir très contraignante, effrayante et morte. On a de plus en plus peur d’être trop stimulé par la vie, et é cause d’une sorte de lassitude envers les expériences intenses, on veut s’en échapper. Ce mécanisme peut survenir dans la méditation également, mais alors la personne dit que c’est quelque chose de bien qui s’appelle “être concentré” ou “focuser l’esprit”. Si nous ne sommes pas honnêtes et prudents, cette attitude peut parfois cacher un sentiment de vouloir tout laisser tomber, de se retirer. Ou bien on ressent une aversion envers le fait d’être un humain qui possède des yeux qui voient, des oreilles qui entendent et un esprit qui pense, pense, pense. Parfois nous désirons la “non-existence” pour ne pas être obligés de sentir tout cela.

“Mara dit à un groupe de jeunes moines : “N’abandonnez pas ce qui est visible ici et maintenant et ne courez pas vers ce qui est distant” Les jeunes moines répondirent : “Nous avons abandonné ce qui est distant et courons vers ce qui est ici et maintenant. Le Seigneur Buddha a dit : “les plaisirs (du monde) sont distants (au résultat incertain), produisent beaucoup de souffrances et de désespoir et sont une déception constante. Le Dhamma lui, est visible ici et maintenant, immédiat (en résultats), nous invitant à venir le tester, nous guidant vers l’avant et peut être connu par les sages.” (Sn 4.3.1)”

En fait, le monde des sens n’est pas le problème quand nous avons bien compris qu’il est juste ce qu’il est. Le monde des sens a sa propre qualité, sa propre nature. Certaines parties en sont effrayantes, d’autres merveilleuses ou divines, d’autres encore terribles ou tragiques. C’est ainsi. Nous sommes des êtres sensibles - nous allons toujours ressentir le monde. Quand nous devenons plus ouverts (par la méditation), nous ne le ressentons non pas de moins en moins, mais de plus en plus. Si nous pratiquons correctement, nous acceptons que le monde vienne en nous de plus en plus profondément. La solution pour s’échapper aux plaisirs des sens, n’est pas de crever nos yeux et de boucher nos oreilles ou encore de donner la faute pour notre insatisfaction à ce qui est en dehors de nous, à “ceci” ou à “eux”. Il y aura toujours des gens, des choses et des expériences désagréables.

où se situe le véritable problème ? Il est situé dans l’attachement au désir de se débarrasser, de posséder, et dans la passion en rapport avec les sens et les objets des sens. La belle et simple image des boeufs enchaînés exprime beaucoup, n’est-ce pas ? où est l’entrave ?

“Il y a deux extrêmes qui doivent être évités, Bhikkhus, par ceux qui ont renoncé au monde. Quels sont ces extrêmes ? S’attacher aux plaisirs des sens, ce qui est bas, vulgaire, terrestre, ignoble et n’engendre pas conséquences utiles;

et s’adonner aux mortifications, ce qui est pénible, ignoble et engendre de mauvaises conséquences. Évitant ces deux extrêmes, é Bhikkhus, le Tathagata a découvert le chemin du milieu qui donne la vision, la connaissance, qui conduit à la paix, à la sagesse, à l’éveil et au nibbana.”

(Mv 1.6)

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Source : http://www.anussati.org
 

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