Le Bouddha présente un même sujet (ici les sensations) de différentes manières. Les sages acceptent la diversité des vues, tandis que ceux qui s'attachent aux vues ont tendance à fomenter des querelles.
En une occasion, le charpentier Pañcakaṅga vint voir āyasmā Udāyi, lui rendit hommage, puis s'assit d'un côté. Alors qu'il était assis là, il demanda à āyasmā Udāyi:
– Bhante Udāyi, combien de [types de] sensations ont été enseignés par le Bhagavā?
– Trois types de sensations, charpentier, one été enseignés par le Bhagavā: les sensations agréables, les sensations désagréables et les sensations neutres. Voici les trois types de sensations qui ont été enseignés par le Bhagavā.
A ces mots, le charpentier Pañcakaṅga répondit:
– Āysmā Udayi, ce ne sont pas trois sensations qui ont été enseignées par le Bhagavā. Ce sont [seulement] deux sensations qui ont été enseignées par le Bhagavā: les sensations agréables et les sensations désagréables. Les sensations neutres, d'après les dires du Bhagavā, font partie du bonheur paisible et sublime.
Mais āyasmā Udayi répondit:
– Ce ne sont pas deux sensations qui ont été enseignés par le Bhagavā, mais trois: les sensations agréables, les sensations désagréables et les sensations neutres.
A ces mots, le charpentier Pañcakaṅga répondit:
– Āysmā Udayi, ce ne sont pas trois sensations...
Mais āyasmā Udayi répondit:
– Ce ne sont pas deux sensations...
A ces mots, le charpentier Pañcakaṅga répondit:
– Āysmā Udayi, ce ne sont pas trois sensations...
Mais āyasmā Udayi répondit:
– Ce ne sont pas deux sensations...
Le charpentier Pañcakaṅga ne fut pas capable de convaincre āyasmā Udayi, et āyasmā Udayi ne fut pas capable de convaincre le charpentier Pañcakaṅga. Āysmā Ānanda entendit cette conversation entre le charpentier Pañcakaṅga et āyasmā Udayi. Il vint voir le Bhagavā, lui rendit hommage, puis s'assit d'un côté. Alors qu'il était assis là, il rapporta au Bhagavā l'entière conversation qui avait eu lieu entre le charpentier Pañcakaṅga et āyasmā Udayi.
– Ānanda, la manière de présenter [les choses] d'āyasmā Udayi, que le charpentier Pañcakaṅga n'a pas approuvé, était correcte, en vérité. Mais également, la manière de présenter [les choses] du charpentier Pañcakaṅga, qu'āyasmā Udayi n'a pas approuvé, était correcte. Dans une manière de présenter les choses, j'ai parlé de deux types de sensations, et dans d'autres manières de présenter les choses, j'ai parlé de trois, de six, de dix-huit, de trente-six, de cent huit types de sensations. Ainsi, j'ai enseigné le Dhamma en le présentant de différentes manières.
Lorsque j'enseigne ainsi le Dhamma de différentes manières, s'il y en a qui n'admettent pas, qui ne consentent pas et n'acceptent pas ce qui a été dit correctement et affirmé correctement par les autres, on peut attendre d'eux qu'ils fomentent des querelles, des désaccords et des disputes, se blessant les uns les autres avec des dagues verbales.
Lorsque j'enseigne ainsi le Dhamma de différentes manières, s'il y en a qui admettent, qui consentent et acceptent ce qui a été dit correctement et affirmé correctement par les autres, on peut attendre d'eux qu'ils vivent dans la concorde et l'amitié, sans se disputer, comme le lait [se mélange facilement à] l'eau, se regardant les uns les autres avec des yeux amicaux.
Il y a cinq cordes des plaisirs sensuels. Quelles sont ces cinq? Les formes perceptibles par l'oeil qui sont désirables, charmantes, agréables, plaisantes, attirantes, aguichantes. Les sons perceptibles par l'oreille... Les odeurs perceptibles par le nez... Les goûts perceptibles par la langue... Les objets tactiles perceptibles par le corps qui sont désirables, charmants, agréables, plaisants, attirants, aguichants. Voici les cinq cordes des plaisirs sensuels. Le plaisir et la joie qui apparaissent en étant conditionnés par ces cinq cordes des plaisirs sensuels, sont appelés plaisirs sensuels.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, relativement détourné de la sensualité, détourné des états mentaux malsains, un bhikkhu entre et demeure dans le premier jhāna, qui est accompagné de sukha et de pīti engendrés par l'isolement, et de vitakka-vicāra. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec l'apaisement de vitakka-vicāra, le bhikkhu entre et demeure dans le second jhāna, qui est accompagné de tranquillité intérieure, de sukha et de pīti engendrés par la concentration, ainsi que d'une unité de l'attention, libérée de vitakka et de vicāra. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec l'atténuation de pīti, demeurant équanime, attentif et sampajāno, ressentant du plaisir dans le corps, le bhikkhu entre et demeure dans le troisième jhāna, dont les êtres nobles déclarent: 'upekkhako satimā sukhavihārī'. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec l'abandon du plaisir et de la douleur, après la disparition préalable de la joie et de la tristesse, le bhikkhu entre et demeure dans le quatrième jhāna, qui est accompagné d'une purification de l'attention par l'équanimité et de l'absence de plaisir et de douleur. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec la transcendance complète de la perception de la matière, avec la disparition de la perception des impressions sensorielles, avec la non-attraction envers la perception de la diversité, [percevant:] 'l'espace est infini', le bhikkhu entre et demeure dans la sphère de l'infinité de l'espace. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec la transcendance complète de la sphère de l'infinité de l'espace, [percevant:] 'la conscience est infinie', le bhikkhu entre et demeure dans la sphère de l'infinité de la conscience. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec la transcendance complète de la sphère de l'infinité de la conscience, [percevant:] 'il n'y a rien', le bhikkhu entre et demeure dans la sphère du vide. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec la transcendance complète de la sphère du vide, le bhikkhu entre et demeure dans la sphère de ni perception ni non perception. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Si quelqu'un disait: 'Voici le plus grand plaisir et la plus grande joie qui puissent être ressentis', je n'acquiescerais pas. Et pourquoi non? Parce qu'il y a un autre type de plaisir qui surpasse ce plaisir et est plus sublime. Et quel est ce plaisir? En cela, avec la transcendance complète de la sphère de ni perception ni non perception, le bhikkhu entre et demeure dans la cessation des perceptions et des sensations. Voici quel est cet autre type de bonheur qui surpasse le type de bonheur précédent et est plus sublime.
Il se peut, Ānanda, que des ascètes vagabonds ayant d'autres convictions disent: 'Samana Gotama parle de la cessation des perceptions et des sensations, et la décrit comme un plaisir. Quel est ce [plaisir], et de quelle manière est-ce [un plaisir]?' Lorsque des ascètes vagabonds ayant d'autres convictions disent cela, il faudrait leur répondre: 'Le Bhagavā ne parle pas du plaisir en faisant uniquement référence aux sensations de plaisir. Mais un Tathāgata décrit comme faisant partie du plaisir toute expérience agréable qui est réalisée de quelque manière que ce soit.'
d'après le travail effectué à partir du Pali par Nyanaponika Thera
et Connected Discourses of the Buddha de Bhikkhu Bodhi.
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